Dans la ville de Dékoa, située dans la préfecture de la Kémo, un projet novateur change graduellement le quotidien de centaines de femmes ayant survécu à des violences sexuelles associées au conflit. Initié en février 2023, ce projet est soutenu par le Fonds Mondial des Survivants (FGS), la Fondation Denis Mukwege et la MINUSCA, en collaboration avec diverses autres entités nationales.
C’est un programme, qui allie soin médical, assistance psychologique et émancipation économique, représente un changement significatif dans l’appui apporté aux victimes. Depuis 2023, diverses organisations collaborent étroitement pour soutenir les victimes de violences sexuelles. La Fondation Denis Mukwege se concentre sur l’assistance médicale et le soutien financier, tandis que l’ONG SIAF milite pour la réintégration socioéconomique des survivantes. Quant à l’ONG WALD, elle se consacre à l’assistance psychosociale et administrative, tandis que la MINUSCA se concentre sur la protection des femmes par le biais de la prévention, qui est son principal objectif. Le but de ce travail collaboratif est de s’attaquer à des situations fréquemment complexes résultant des violences infligées aux victimes : problèmes de santé, traumatismes, séparations familiales, isolement social et précarité. Corinne Wabin, qui coordonne le projet pour le Fonds Mondial des Survivants en RCA, décrit :
« Plusieurs acteurs, dont 50 % de survivantes, font partie du comité directeur. Elles sont impliquées dans toutes les décisions, de la phase de conception jusqu’à l’implémentation. Nous sommes présents pour observer la mise en œuvre concrète du projet sur le terrain. La réparation est ce que chaque survivante considère comme significatif : certaines décident de démarrer une activité, tandis que d’autres optent pour la restauration de la sépulture d’un proche défunt. Nous privilégions une approche de co-création : c’est la survivante qui détermine elle-même son projet de vie. »
La MINUSCA, qui est un partenaire essentiel du projet depuis son lancement, a récemment conduit une mission d’évaluation sur place. Laurence Andrée, conseillère à la section Protection de la femme, fait le point sur les conséquences de ses initiatives :
« Nous œuvrons pour prévenir et répondre aux violences sexuelles en lien avec les conflits. Après presque deux ans de collaboration, il était primordial d’observer personnellement ce qui a été accompli : la rénovation de l’hôpital, les ateliers de couture et tricotage, ainsi que les initiatives psychosociales. Cela nous donne la possibilité d’évaluer les avancées, tout en identifiant les défis qui demeurent. »
En dépit des défis logistiques et de sécurité, les progrès constatés révèlent une transformation concrète dans l’existence des bénéficiaires. Actuellement, 277 survivantes, y compris 16 hommes, profitent de ce programme audacieux. Toutes souffrent des conséquences physiques, psychologiques et sociales des traumatismes qu’elles ont subis. Marie-Blanche fait partie de ces personnes qui témoignent de l’impact de ce soutien sur sa vie :
« On a été comptabilisées parce qu’on a enduré des souffrances pendant la guerre. Le programme m’a offert une aide financière et j’apprends à concevoir du savon. Nous sommes toujours en formation, mais je ressens déjà une amélioration. Par le passé, nous étions minces… désormais, nous sommes obèses, nous brillons. »
À Dékoa, ce projet va au-delà de l’aide humanitaire. Il propose une authentique voie de rétablissement individuel et collectif. Graduellement, les femmes survivantes regagnent confiance, compétences et indépendance.
Suzanne De Peskidoux

