La question de santé mentale reste un vrai problème de santé publique en République Centrafricaine. Les traumatismes hérités des différentes crises politico-militaires qu’a connues le pays, mais aussi les difficultés du quotidien dû à la paupérisation de la population sont entre autres les facteurs qui expliquent cette situation.
A Bangui par exemple, il ne se passe pas un seul jour, sans que l’unique centre de prise en charge des malades mentaux enregistre des cas. Faute de moyens, le service se bat chaque jour pour faire face aux besoins des malades.
L’unique centre de prise en charge des malades mentaux est régulièrement fréquenté et accueille au moins un quarantaine de patients à la consultation. Seulement, le service ne dispose que de 40 lits et sont régulièrement et entièrement occupés par des patients hospitalisés et ce, pour une population estimée à plus de six (06) millions de malade. Le service est à bout de souffle, rapporte le Chef de service dudit centre, Dr Caleb KETTE. En plus de ces difficultés, il y a un manque non seulement de personnel soignant et de médicaments, mais aussi, les infrastructures en état de délabrement avancé. « Nous sommes limités par les moyens de travail. On n’a pas assez de personnes spécialisées pour nous prêter mains fortes. Même si ce n’est pas spécialisé, mais même si le personnel soignant, en tant que tel infirmier, on n’a pas assez de ressources humaines pour faire face à nos malades qui viennent. Vous voyez, notre capacité d’accueil, c’est le seul service du pays. Et la troisième chose aussi en termes de difficultés aussi, c’est les médicaments. Parce que vous savez, les médicaments connaissances, on l’appelle les psychotropes. Les psychotropes pour les trouver également, ça pose énormément de problèmes. Notre service reçoit beaucoup. Pour l’année 2025, nous sommes en train de terminer, déjà en termes de prévalence, c’est-à-dire le nombre de nouveaux arrivants dans notre service, nous avons déjà dépassé 1000 malades. Ça c’est beaucoup. Et en termes de consultation, je reçois en consultation au moins 30 à 40 malades par jour. Et en termes d’hospitalisation, on a une capacité de 40 lits. Ils sont toujours pleins, et ça nous amène de temps en temps à mettre des malades sur le sol. Donc en résumé, nous recevons beaucoup de cas », a expliqué Dr Caleb Ketté avant d’expliquer les facteurs qui expliquent cette situation.
Selon lui, en premier lieu, c’est ce que vivent les gens au quotidien. « Le centrafricain, c’est maintenant une personne qui a beaucoup de difficultés. Sur le plan économique, sur le plan social. Et du coup, ça amène ces gens à beaucoup réfléchir. Je parle même en termes de manger. Il y a beaucoup de Centrafricains qui n’arrivent même pas à manger, qui n’arrivent pas à faire face à leurs obligations régaliennes. Et ça amène des réflexions, et la personne peut développer des problèmes de santé mentale. Les gens sont exposés à beaucoup d’événements traumatisants. Je donne l’exemple, ça peut être la violence sexuelle. Ça peut être les incompréhensions dans les foyers. Ça peut être également ce qu’on appelle le braquage », a-t-dit.
En outre, il a fait savoir que des jeunes dont bon nombre n’ont pas accès à l’emploi sont exposés à cette maladie. « L’oisiveté peut mener à beaucoup de vices. J’ajoute aussi les problèmes de chômage. Les jeunes qui n’ont rien à faire, qui ne partent même pas à l’école. Et du coup, la conséquence, c’est quoi ? C’est la consommation de substances psychoactives. Donc, je reçois beaucoup d’enfants ici qui consomment des substances psychoactives. Et du coup, ça les amène dans les pathologies qu’on appelle les toxicomanies. Donc, voilà un peu pourquoi nous recevons beaucoup de malades ici.
De l’avis d’un patient qui fréquente ledit centre depuis 2014, cette maladie est héréditaire. « Le problème de santé mentale est héréditaire dans notre famille. Je suis des soins dans ce centre depuis 2014. On me soigne bien. On me prodigue également des conseils », a expliqué, Matthias un des patients.
Pour un parent, « Il suit les conseils de ses camarades, en prenant les mauvais comprimés. Nous sommes venus ici pour la première fois, le médecin a tout fait pour lui. Comme il n’a pas changé de comportement, on est revenu encore ici depuis le lundi passé ».
Il suffit de faire un tour au centre psychiatrique de Bangui pour se rendre à l’évidence que malgré le manque de moyens, il se bat comme il peut pour assurer la prise en charge de ses patients. Toutefois, l’on se demande, jusqu’à quand va-t-il tenir, si rien n’est fait pour lui apporter l’aide dont il a besoin.
Susanne De Peskidoux