La République centrafricaine a célébré en différé, ce lundi 13 avril, la Journée mondiale de la santé autour du thème : « Combattons la résistance aux antimicrobiens par l’élimination des médicaments de qualité inférieure et falsifiés ». La cérémonie, organisée par le ministère de la Santé publique en collaboration avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), s’est déroulée en présence du président de la République, Faustin Archange Touadéra.
Moment fort de l’évènement : la destruction solennelle de médicaments de qualité inférieure et falsifiés, symbole de l’engagement des autorités centrafricaines à lutter contre la résistance aux antimicrobiens, qualifiée par l’OMS de « pandémie silencieuse ».
Selon une étude menée par l’Université de Bangui et présentée à cette occasion, près de 1 890 décès sont enregistrés chaque année en République centrafricaine en lien direct avec la résistance aux antimicrobiens. Un chiffre alarmant qui témoigne de l’ampleur du phénomène dans le pays.
Prenant la parole, le chef de l’État a lancé un appel à la mobilisation collective face à ce fléau. Il a dénoncé les causes majeures de la résistance antimicrobienne, notamment l’usage excessif et irrationnel des médicaments, les erreurs de prescription et l’automédication, tout en mettant en garde contre les dangers liés à l’exercice illégal de la médecine et de la pharmacie.
« La santé étant l’affaire de tous, une mobilisation générale est impérative afin de réduire la circulation des médicaments de qualité inférieure et falsifiés. J’encourage tous ceux qui exercent illégalement la médecine et la pharmacie, occasionnant de graves problèmes de santé et des décès regrettables, à y mettre immédiatement fin. Nul n’est au-dessus de la loi », a déclaré le président Touadéra.
À l’échelle mondiale, la résistance aux antimicrobiens constitue une menace majeure pour la santé publique. Selon les données de l’OMS, elle pourrait être responsable de plus de 10 millions de décès par an dans le monde. En Afrique, la situation est particulièrement préoccupante : en 2019, la résistance antimicrobienne était directement liée à 1,27 million de décès en Afrique subsaharienne, avec une projection de 4 millions de décès d’ici 2050, un taux supérieur à la moyenne mondiale.
La République centrafricaine affiche un taux de résistance estimé à 85 %, bien au‑dessus de la moyenne mondiale évaluée à 50 %, plaçant le pays parmi les plus touchés par ce phénomène. Outre l’usage abusif des médicaments, les autorités pointent du doigt des facteurs structurels tels que la vente illicite de produits pharmaceutiques, la prolifération de médicaments falsifiés ou mal conservés, ainsi que l’exercice illégal des professions de santé.
Face à cette menace, le président de la République a rappelé l’adoption de la loi n°20.012 du 11 juin 2020, relative au médicament et à l’exercice de la pharmacie, et a instruit le gouvernement à en assurer une application rigoureuse afin de freiner la propagation des médicaments illicites.
Le chef de l’État s’est également félicité des résultats de la campagne nationale de sensibilisation contre les médicaments de qualité inférieure. Il a salué l’initiative de certains responsables de points de vente informels, appelés « mini‑pharmas », qui ont volontairement remis leurs produits illicites au ministère de la Santé en vue de leur destruction.
De son côté, l’Association nationale des vendeurs de produits pharmaceutiques a réaffirmé son engagement à soutenir le gouvernement dans cette lutte. Son secrétaire général, Jules Olivier Bole‑Balemo, a assuré de la volonté de ses membres de collaborer avec les autorités sanitaires.
« Notre contribution est d’aider le gouvernement, à travers le ministère de la Santé publique, à lutter contre les médicaments falsifiés et les produits nuisibles à la santé. Nous appelons nos frères à ne vendre que des médicaments autorisés par les autorités sanitaires et l’OMS », a‑t‑il déclaré.
Par ailleurs, un comité d’experts multisectoriel sera mis en place pour coordonner les travaux de recherche sur la résistance aux antimicrobiens. Ce comité travaillera en collaboration avec le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation technologique.
À travers cette mobilisation, les autorités centrafricaines entendent renforcer la protection des populations et préserver les acquis en matière de santé publique, gravement menacés par la prolifération des médicaments falsifiés.