En République centrafricaine, la prise en charge du cancer chez l’enfant demeure un défi majeur, malgré les avancées médicales observées ailleurs dans le monde.
Le cancer pédiatrique reste l’une des pathologies les plus redoutées. Si, dans certains pays à revenus élevés, les taux de survie se sont nettement améliorés, en Centrafrique, la réalité est toute autre. Les contraintes économiques pèsent lourdement sur les chances de survie des enfants malades et plongent les familles dans une détresse quotidienne.
Au service d’oncologie du complexe pédiatrique de Bangui, chaque jour ressemble à une lutte. Le traitement du cancer est long, complexe et particulièrement coûteux. Il nécessite chimiothérapie, parfois radiothérapie, interventions chirurgicales, examens réguliers et suivi à long terme. Pour de nombreuses familles, ces soins sont financièrement inaccessibles.
Bénédicte Gayassini, mère d’un enfant atteint de cancer, témoigne de cette réalité douloureuse : « On nous a demandé de faire des examens, mais tout se paye. Le traitement que mon enfant subit, c’est une ampoule à 10 000 francs. Quand les médecins nous donnent l’ordonnance, souvent c’est le papa de mon enfant qui va chercher à la pharmacie et c’est une ampoule chaque semaine. »
Un coût exorbitant pour une majorité de ménages, alors que les traitements s’inscrivent dans la durée. Pour le Dr Jess Eliot Kosch-Komba, oncologue pédiatre, le constat est sans appel : le cancer est l’une des maladies les plus onéreuses au monde et son traitement dépasse largement les capacités financières des familles centrafricaines.
« Vous savez, dans le monde, la seule pathologie qui est la plus chère, c’est le cancer. Et du coup, ailleurs, ce n’est que l’assurance. Même si tu es riche, c’est l’assurance qui peut t’assurer. »
Le médecin détaille les dépenses liées à la prise en charge, notamment pour certains cancers comme le lymphome de Burkitt :
« J’ai fait le budget de prise en charge complète de cancer. Pour le Burkitt stade 1, le minimum, ça fait presque 3 millions. Vous avez le scanner, le myélogramme, les biopsies, beaucoup d’examens à faire. » À cela s’ajoutent des médicaments coûteux, parfois indispensables à la réussite du traitement :
« Après les cures, tu as une molécule qui te coûte 25 000 à 50 000 francs. Et puis, tu en as deux ou trois. Et parfois, on se passe de certains bilans qui, normalement, doivent être faits, mais à cause du coût, on oublie. »
Selon les spécialistes, le strict respect des protocoles thérapeutiques est essentiel pour espérer une guérison. Or, les interruptions de traitement sont fréquentes en raison du manque de moyens financiers, augmentant considérablement les risques de rechute et de résistance aux médicaments, souvent fatals aux jeunes patients.
« Ce sont des difficultés réelles. Le coût est cher. Ça ne peut pas être accessible aux parents. Il y en a qui arrivent ici et même les examens, ils ne peuvent pas les faire. C’est difficile », reconnaît encore le Dr Kosch-Komba.
Face à cette situation alarmante, des pistes existent, selon les professionnels de santé : renforcer l’accès aux médicaments, mobiliser les partenaires, les associations et les institutions pour alléger la charge financière des familles.
La rédaction

