En République centrafricaine, de nombreuses jeunes filles font encore face à des grossesses non désirées, faute d’un accès suffisant à la contraception. Une situation préoccupante qui conduit, dans bien des cas, à des avortements clandestins, parfois mortels. À Bangui, un forum, clôturé le 23 avril dernier, a remis la planification familiale au cœur du débat comme solution essentielle pour sauver des vies.
Le manque d’accès aux contraceptifs expose de nombreuses jeunes filles à des grossesses précoces. Sans accompagnement adéquat, certaines se tournent vers des avortements clandestins, une pratique dangereuse qui continue d’entraîner de nombreux décès. Une réalité alarmante pour les acteurs du secteur de la santé, à l’image du Dr Samuel Gondje, chargé de mission au ministère de la Santé.
« Les jeunes filles n’ont pas tellement accès aux contraceptifs et contractent des grossesses indésirées, qui finissent par des avortements clandestins et qui entraînent la mort. Donc pour essayer de réduire ces décès maternels, il faut justement passer par le levier qui est la planification familiale, qui est la contraception, pour pouvoir mettre sur pied les femmes en bonne forme, valides, pour pouvoir contribuer au développement de la vie centrafricaine. Le plaidoyer, c’est qu’il faut que le secteur privé aussi s’associe à ce financement. »
Au-delà de la prévention des grossesses non désirées, la planification familiale permet également aux femmes d’espacer les naissances après l’accouchement. Un moyen efficace de préserver leur santé, d’éviter les complications médicales et de garantir leur bien-être, afin qu’elles puissent contribuer pleinement au développement du pays. Le Dr Eugène Kanga, directeur de la région sanitaire numéro 4, regroupant la Ouaka, la Kémo et la Nana-Gribizi, insiste sur cet aspect médical crucial.
« La planification familiale permet à la femme, après son accouchement, d’espacer un peu les naissances. Sinon, l’utérus est fragilisé, ça risque de créer des ruptures pour les prochaines grossesses et la mort peut s’ensuivre. »
Si des efforts sont déjà fournis par le gouvernement, ils restent cependant insuffisants pour répondre à l’ampleur des besoins. Le message du forum est clair : le financement de la planification familiale doit aussi impliquer le secteur privé. Une mobilisation collective est indispensable pour obtenir des résultats concrets, comme l’a souligné Mme Solange Pangonendji Ndakala, participante à ce forum.
« Mais il faudrait que nous apprenions également à nous prendre en charge. Et tout à l’heure, on avait suivi le TG du patronat qui a dit des bonnes choses. Et donc il faudrait que nous sautions dessus pour que ce forum-là puisse être bien suivi et que nous ayons les résultats. »
Le forum a réuni des leaders religieux, des organisations féminines, des jeunes ainsi que des représentants du patronat. Tous ont appelé à un suivi rigoureux des engagements pris et à une prise en charge collective pour garantir des résultats durables. Mme Brigitte Touadera, présidente de la fondation Cri de Cœur d’une mère, a rappelé l’importance de la responsabilité partagée.
« Le thème responsabilité partagée est ici crucial car ce combat n’est pas seulement celui des femmes, c’est celui des élus, des leaders religieux, des chefs traditionnels, du personnel soignant et des décideurs politiques. Il est aujourd’hui inacceptable qu’une femme perde la vie parce qu’elle a eu des grossesses trop approchées qui ont impacté sa santé ou encore parce qu’elle a eu recours à un avortement clandestin du fait de grossesses non-désirées.»
La planification familiale n’est donc pas uniquement une affaire de femmes. Elle constitue une responsabilité partagée entre les autorités, les communautés et les professionnels de santé. Prévenir les grossesses non désirées, c’est éviter des décès évitables et poser les bases d’un avenir plus sûr pour la République centrafricaine.
Freddy TANGA